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TOUS LES TEXTES EN FRANÇAIS EN ORDRE CHRONOLOGIQUE
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Memorandum 1993-2008: Littérature narrative, point de vue oblique, retour vers le futur Avril 2008 - Traduit par Estelle Paint en Juin 2008 PDF - RTF comprimé En Italie le débat sur ce texte a été - et est encore - plus qu'agité. On l'a discuté sur la Toile, dans les journaux et à la radio nationale. Largement rejeté par les critiques les plus conservateurs, le memorandum a gagné l'adhesion de beaucoup d'écrivains (notamment Valerio Evangelisti, Carlo Lucarelli, Giancarlo De Cataldo, Giuseppe Genna et Massimo Carlotto) dont les livres sont au coeur de la réflexion. Plusieurs titres nommés dans le texte ont paru en France. Pour ceux qui peuvent lire l'italien, Une longue interview avec Wu Ming 1 et Wu Ming 2 publiée sur le site L'Italie à Paris, 2008 Introduction à l'anthologie de free jazz The Old New Thing, Abraxas 2007 Par Serge Quadruppani, 2008 L'article inclut aussi une petite analyse du style de Manchette conduite par Wu Ming 1, et opinions données par autres auteurs du noir italien et du nouveau roman épique italien. par Serge Quadruppani, 2007 Entre-temps, en 2001, les quatre auteurs de Q avaient écrit une série d’appels, qui furent très largement diffusés et qui annonçaient et accompagnaient le mouvement de contestation du sommet du G8 en juillet à Gênes, énorme rassemblement, immense espérance d’un autre monde possible qui devait se conclure, comme chacun devrait se souvenir, par une répression féroce de manifestants désarmés et la mort de Carlo Giuliani, tué par un carabinier. Après la mise en liberté surveillée de Cesare Battisti, les médias italiens se sont déchaînés, déversant sur l'opinion publique tout le métal fondu pendant des années dans les hauts fourneaux du ressentiment, de la vengeance, de l'obsession sécuritaire. Il est impossible de faire un compte rendu de tous les mensonges et les aberrations écrits et transmis cette semaine. Il n'y a pas un seul article, aussi bref soit-il, qui n'en contienne des dizaines. Même les détails apparemment insignifiants sont erronés. Des faits et des personnages qui n'ont rien à voir avec cette affaire sont jetés dans la marmite pour troubler le bouillon, déchaîner la panique morale, empêcher à n'importe quel prix l'usage de la raison. Essayons l'hypothèse d'une marche européenne, qui ait de nombreux points de départ. De chaque point part une caravane, un parcours à travers le continent, qui touche des lieux politiquement et historiquement symboliques. Chaque parcours est une carte chantée, qui chante l'histoire métisse de l'Europe, une Europe qui de l'Andalousie au Caucase n'a jamais eu de frontières fixes, et qui les a vu changer constamment au cours des siècles et des millénaires. Les origines de notre civilisation sont en Mésopotamie. Chypres, dont les côtes sont à quelques centaines de kilomètres du Liban, vient juste d'entrer dans l'Union. Et Grozny, la ville fantôme rasée jusqu'au sol par les bombes, se trouve à la limite orientale du continent. Depuis que ce gouvernement s'est installé, nous avons projeté une image schizophrénique, résumée dans la question qui m'a été posée plusieurs fois durant les voyages à l'étranger : "Comment se fait-il qu'en Italie il y ait les mouvements les plus forts, les plus créatifs et les plus influents si j'ai entendu dire que toute l'information est entre les mains de Ber******i ? "Mais, si tout le monde peut copier vos livres et s'abstenir de les acheter, comment faites-vous pour vivre?" Les gens nous posent souvent cette question et ajoutent la plupart du temps la remarque suivante : "Mais le copyright est nécessaire, il faut bien protéger l'auteur !" Ce genre de propos montre à quel point la culture dominante (fondée sur le principe de la propriété) et l'industrie du divertissement ont égaré le public. En matière de droit d'auteur et de propriété intellectuelle, la confusion la plus totale règne dans les médias et dans les esprits. Seuls les fraudeurs et les parasites de toute sorte ont intérêt à faire croire que "copyright" et "droit d'auteur" sont la même chose - ou que "droit d'auteur" s'oppose à "piratage". Mais la réalité est tout autre. Le passage du siècle nous a laissé un mouvement radicalement discontinu. Chaque résistance locale parle, se répète et inspire des milliers d'autres cristallisations qui recouvrent la planète entière. Des centaines de millions d'êtres contraints à des transhumances animales vers un salut possible savent d'instinct que se rapprocher les uns des autres, se sentir frères, d'un continent à l'autre, peut procurer la dernière chance. Cela rend plus urgentes encore les narrations ouvertes et chorales, les récits à faire circuler de bouche en bouche, les chansons qui permettent de nous reconnaître où que nous soyons. Nous sommes les trente-quatre mille qui répondirent à l'appel d'Hans le joueur de flûte. En l'an du Seigneur 1476, la Madone de Niklashausen apparut à Hans et lui dit : « Plus jamais de rois ni de princes. Plus jamais de papauté ni de clergé. Plus jamais de taxes ni de dîmes. Les champs, les forêts et les cours d'eau seront à tous. Tous seront frères et personne ne possèdera plus que son prochain. » Nous arrivâmes le jour de la Sainte Marguerite, un cierge à la main et une pique dans l'autre. La Sainte Vierge nous avait dit quoi faire. Mais les cavaliers de l'Evêque capturèrent Hans, puis ils nous attaquèrent et nous défirent. Hans brûla sur le bûcher. Pas les paroles de la Sainte Vierge. ...l'écho du temps bénéficie ici d'une rigoureuse information, ce qui n'exclut pas l'enjeu littéraire : l'imprimerie naissante ? Une "technique stupéfiante qui se développe de jour en jour comme un incendie au cœur d'un été sec et venteux" ; le langage des marchands ? "Un chant unique, incompréhensible, une Babel à l'envers" puisque l'argent est le "véritable symbole de la Bête". Des hommes comme Thomas Müntzer moururent en jetant à la face de leurs bourreaux " Omnia sunt communia ", tout est en commun. Derrière eux, des hommes de toutes origines, artisans, nobles appauvris, ecclésiastiques en rupture de ban, formèrent pendant quelques décennies une confrérie prête à tout, hérésie érudite ou prédication illuminée, subversion silencieuse ou révolte ouverte. Ainsi est le narrateur, sans nom à force d'en avoir trop eu. Dénonciation des collusions entre conservateurs et réformateurs, entre politiques et financiers, mise en exergue de collectifs d'agitateurs détournant à leur profit les nouvelles technologies... Il y a, par-delà les siècles, du clin d'oeil, dans cet oeil de Carafa! Mais la véritable énergie de cet électrique pavé de sept cents pages réside sans conteste dans le désir tenace des auteurs de raconter des histoires. Un credo qui leur permet d'enjamber quelques décennies d'avant-gardisme et de minimalisme littéraires, pour ressusciter une certaine saveur épique. Fusion symbiotique entre «autrefois» et «maintenant». Un point de départ. Un roman ? La recherche commence. Nous passons plusieurs mois entre archives et bibliothèques. D'incroyables correspondances nous fournissent des indices concernant de possibles conspirations. Des documents falsifiés, déformés ou disparus. Des livres interdits. Des insurrections ratées. Des noms qui affleurent, peut-être des trâitres, ou des héros. Distinguer les corrélations. Composer la trame. L'imposer à l'Histoire. Comme dans tout les grands romans, raconter une histoire signifie également mettre en scène l'Histoire, donner un jugement, faire de la politique. L'action se déroule sur trente ans, où l'on assiste à la naissance de nouveless idées et religions, de nouvelles formes d'économie, d'information et de pouvoir, et à la transformation de l'ancien monde en un monde moderne, le nôtre. Cet ouvrage nous offre aussi une réflexion sur le pouvoir, l'histoire et surtout l'avenir, en une époque de transition entre des mondes modernes et des mondes ultra-modernes. |
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